Didier Lacroix, président du Stade Toulousain : « J’ai tout de même confiance en l’État »

Didier Lacroix, président du Stade Toulousain : « J’ai tout de même confiance en l’État »

Le Stade Toulousain a réussi à équilibrer l'économie de la saison 2019-2020, non sans mal. Avce des aides de l'État. Crédit : Bastien Rodrigues
Le Stade Toulousain a réussi à équilibrer l'économie de la saison 2019-2020, non sans mal. Avce des aides de l'État. Crédit : Bastien Rodrigues

À l’occasion de la conférence de presse des vœux pour 2021, Didier Lacroix, président du Stade Toulousain, a évoqué la situation économique du club. Il en a également profité pour donner les raisons de la demande d’aides faite à l’État.

Quel a été votre rôle durant cette période délicate ? 

Didier Lacroix : « Comme mon ami, Mourad Boudjellal, le dit, Didier Lacroix est une pleureuse. Malheureusement, il a raison et j’endosse ce rôle pleinement. J’ai pris ce rôle, à tort ou à raison, pour illustrer les difficultés économiques que connaît le monde du rugby. Toulouse est l’un des actionnaires de référence. C’est plus facile d’aller voir Monsieur le Premier Ministre, Madame la Ministre des Sports et l’ensemble des institutions, pour les gens de la Ligue Nationale de Rugby, avec le président du Stade Toulousain. Surtout lorsqu’au travers d’interviews, il parle de la situation dans laquelle se trouve son club. Je l’avoue, je n’ai pas arrêté de chialer en 2020, mais il me tarde que ça s’arrête justement. Je ne fais pas ça de gaieté de cœur, mais par réelle nécessité ».

Des détails sur cette réelle nécessité ? 

D.L : « L’économie de notre club, c’est l’autonomie, ne pas avoir recours à de l’argent public et ne pas peser dans les impôts des contribuables. Mais avec la situation actuelle, sans billetterie, une baisse des partenariats et des ressources inquiétantes, nous sommes obligés de pleurer. L’État a prévu des mesures dans la plus grande urgence pour la saison 2019-2020, et merci au gouvernement. Et grâce au soutien de nos fidèles supporters, l’aide de nos partenaires, nous avons pu équilibrer la saison précédente et celle en cours. Les joueurs ont également joué le jeu. Puisque 70% de nos charges, c’est la masse salariale de nos joueurs, ils ont accepté de la baisser le plus possible ». 

Parlez-nous du début de la saison 2020-2021, pour le moins délicate ? 

D.L : « Les clubs se sont lancés dans une saison avec des jauges au départ à 5 000 jusqu’à fin août. Puis des jauges à 1 000, pour retrouver une nouvelle fois le huis-clos. Une fois qu’on nous empêche de mettre des gens dans les stades, nous avons un problème. Alors c’est une bonne nouvelle car le contenu rugby continue d’exister dans le monde télévisuel. Mais j’ai eu ce rôle de lever le petit doigt, en disant : « Je veux bien continuer à jouer mais l’économie est très simple. La masse salariale des joueurs représente 70% des charges, ils ont fait un effort mais, pour jouer, il faut les payer. Pour jouer, il faut entretenir les stades et conserver 85 % de nos charges ». Mais nous maintenons seulement 40% de nos recettes. C’est à ce moment-là que ce n’est pas possible. C’est la raison pour laquelle nous nous sommes tournés vers l’État ». 

L’Etat vous a-t-il entendu ? 

D.L : « La réponse est oui, l’Etat est sollicité depuis le mois de septembre. Nous attendons toujours le premier versement, à hauteur de 70% de la somme, qui devrait arriver incessamment sous peu. Les 30% restants devraient être versés à la fin de la saison 2020-2021. On espérait une ouverture des stades pour le 15 décembre mais une nouvelle fois, ça n’a pas eu lieu. Et “la pleureuse” lève de nouveau le petit doigt, en demandant comment faire à partir du 1er janvier. Je suis le premier désolé, mais je n’arrête pas d’être sur ces demandes successives d’aide auprès de l’État ». 

L’État a-t-il répondu à ces demandes successives ?

D.L : « La réponse est oui, avec une volonté de comprendre la complexité de la situation. Heureusement, le PGE (Prêt Garanti par l’État) nous a donné une bulle d’oxygène et nous a permis d’attendre. Mais 20 jours après le début de la nouvelle année, nous n’avons pas perçu ces aides sur notre compte en banque. J’ai tout de même confiance en l’État, sur son accompagnement et on le voit au niveau national. Sans l’accompagnement de l’État, nous aurions plongé dans une situation grave, avec plus de 10 millions d’euros de déficit, dans l’économie qui est la nôtre ». 

Quel est le montant des pertes pour votre club aujourd’hui ? 

D.L : « La déclaration des pertes que nous avons faite pour le Stade Toulousain est de l’ordre de 7,2 millions d’euros pour la période d’août au 31 décembre 2020. Le calcul sur l’ensemble de la saison est vite fait. Dans la situation actuelle, sous confirmation des critères d’attribution, notre club est susceptible d’avoir une subvention de 55% du préjudice déclaré. Dans ces pertes, nous mettons également les pertes lors des jours de matchs. Lorsque la normale était de mise, les jours de matchs permettaient au Stade Toulousain, d’avoir environ 750 milles euros. Aujourd’hui, nous les perdons ». 

Des prolongations de joueurs et le recrutement d’un joueur dans les lignes arrières, comment l’expliquer dans le contexte actuel ? 

D.L : « Certains disent : « Comment Didier Lacroix peut pleurer dans les journaux en disant que le club pourrait être en cessation de paiement et en même temps prolonger des joueurs et continuer le recrutement ? » La première chose que nous avons faite c’est de garder nos joueurs et de conforter la formation dans notre club. Le recrutement d’un nouveau joueur, c’est le pari d’un chef d’entreprise que je suis. Et puis, nous avons sollicité avec succès, un deuxième PGE de 5,3 millions d’euros. Grâce auquel, nous ne sommes pas en cessation à l’heure actuelle. Je ne sais pas encore comment nous allons construire le budget pour la saison prochaine ». 

Quels sont les souhaits pour le Stade Toulousain en 2021 ? 

D.L : « Le premier souhait de 2021 du Stade Toulousain, c’est de rouvrir les stades. Pour que le club puisse faire son vrai métier ; réunir les foules. C’est aussi un moyen de combattre la sédentarité et de jouir de tout ce qui se passe autour d’un match. Nous avons très envie de retrouver ce lien social qui existe autour des matchs. Je pense que c’est la chose que nous souhaitons le plus fort possible. En plus, de tous les souhaits que nous avons qui sont de l’ordre de l’espoir à l’heure actuelle. Nous avons des envies, des objectifs. Continuer sur les actions que nous avons mises en place depuis le début de cette crise sanitaire. Il faut poursuivre dans ce sens et les supporters nous soutiennent également de manière importante. Notamment avec la création de ce Mur de Soutien. Et le Stade Toulousain se doit de rester performant sur le terrain en herbe et sur le terrain de la société. Donc beaucoup de fierté et beaucoup d’ambitions. Avec à l’issue, la motivation d’allumer la lumière à la sortie du tunnel ».

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