Le confinement instauré aux Etats-Unis a vu les écoles du pays fermer temporairement leurs portes, et le constat est marquant. Mars 2020 est devenu le premier mois, depuis 2002, sans fusillade de masse dans un établissement scolaire. Depuis 1970 les États-Unis ont connu 1541 tueries, allant de l’école élémentaire au lycée. Dans un pays où le port d’arme est presque devenu une religion, comment s’explique ce chiffre aussi élevé ?

Aux États-Unis, le deuxième amendement de la constitution donne le droit à tous les citoyens américains de posséder une arme. Celui-ci a été coté en 1791 dans la Déclaration des Droits (“Bill of Rights”) pour contribuer « à la sécurité d’un État libre ».

Des Etats plus ou moins touchés

Cependant, rien n’explique réellement pourquoi un État est plus touché par ces drames qu’un autre. On peut toutefois analyser la loi en vigueur sur le contrôle des armes dans chaque État pour essayer de le comprendre. 

Dans une étude publiée dans le “British Medical Journal”, des chercheurs ont remarqué qu’entre 1998 et 2015, le nombre de fusillades meurtrières augmentait plus vite dans les États où la législation s’assouplissait. De plus, celle-ci joue sur le pays entier, comme l’écrit le magazine Wired. En effet, les cas de tueries dans les États stricts sont souvent réalisés avec des armes achetées dans une région plus tolérante. 

C’est au Texas et en Californie qu’il y a le plus de « schools shootings ». Il faut savoir que ce sont les États les plus peuplés des États-Unis avec respectivement près de 29 millions d’habitants (2019) et environ 40 millions d’habitants (2018). 

Au Texas, les lois sur les armes sont de plus en plus permissives. C’est un État décrit comme « Shall-Issue », ce qui signifie qu’il faut un permis pour porter une arme. Celui-ci est délivré dès lors que les conditions d’éligibilité sont respectées. Certaines armes peuvent quand même être achetées sans permis, comme les fusils, et ce, sans être enregistré. En 2019, les règles se sont encore assouplies : il est désormais autorisé d’avoir une arme à feu à l’école. Les familles d’accueil d’enfants placés peuvent aussi en posséder à condition qu’elles soient mises sous clé.

Au contraire, la Californie est étonnamment un État parmi les plus stricts en matière d’armes à feu. Et pour cause, le 2 mai 1967, des membres du Black Panther Party sont entrés dans le Capitole de Californie avec des armes. Don Mulford et le président Reagan, deux politiciens républicains de l’époque, ont alors durci les règles. Alors si les tueries de masse dans les écoles ne viennent pas d’une législation laxiste, elles peuvent toutefois provenir de la guerre des gangs, très nombreux en Californie. On en compte plus de 80 différents sur le territoire.

Une évolution à la hausse

Nous pouvons établir une corrélation entre les variantes de la courbe ci-dessous et le nombre de ventes d’armes aux États-Unis, qui fluctue en fonction des représentants politiques notamment. C’est connu, la première puissance mondiale peine à imposer le contrôle des armes sur son sol, et les réglementations sont différentes d’un État à l’autre. Au début des années 1970, le « Bureau of Alcohol, Tabacco Firearms and Explosives » est créé. Ce bureau est à l’origine de l’application de textes sur la réglementation des armes. Ce qui peut expliquer la diminution des tueries visibles sur la courbe. 

A partir de 1986, une nette augmentation est observée ci-dessous, là aussi il y a une explication. La même année, l’interdiction des ventes d’armes par correspondance est levée. Lorsque en 2003, B. Obama est élu, il annonce rapidement qu’il compte réglementer sérieusement le port d’armes dans le pays après le carnage de la fusillade de Sandy Hook ayant fait 27 victimes mortelles. Une des plus nettes diminutions des tueries intervient en 2007 (44) jusqu’en 2010 (15). Après la tuerie de l’université de Virginie le 16 avril 2007, qui fait plus de trente morts, le congrès américain décide de voter le “NICS Improvement Amendments”. Depuis, les différents États américains sont invités à mettre en commun et partager des informations sur les acheteurs d’armes à feu. 

Depuis 2010, les chiffres ne cessent d’augmenter. En 2017, une étude révélait qu’environ sept Américains sur dix avaient déjà tiré avec une arme à feu. Pire encore, plus de 40% d’entre eux en possédaient une dans leur foyer. 

À quoi ressemblent les tireurs ?

Si l’âge ou le sexe des assaillants varie selon les fusillades, un profil “type” du tireur peut cependant être dressé. Ce sont plus souvent de jeunes hommes qui agissent seuls, armés d’un pistolet.

Cette préférence pour le pistolet s’explique par sa discrétion et sa facilité d’achat. Si certains tireurs empruntent leurs armes à un parent ou un ami qui les possédait légalement, les armes de poing sont les plus vendues sur le marché noir.

Selon le Congressional Research Service, il y a environ deux fois plus d’armes à feu par habitant aux États-Unis qu’il n’y en avait en 1968. En 2017, le nombre total d’armes à feu (tant licites qu’illicites) possédées par les civils est estimé entre 265 000 000 et 393 347 000.

Lauriane Pelao, Justine Seguin et Thomas Naudi.