Le collectif « Un Toit Pour Tous », qui réunit plusieurs associations toulousaines comme le Droit Au Logement 31 ou encore la Ligue des Droits de l’Homme 31, a investi vendredi 17 janvier d’anciens locaux du ministère des finances, Rue Roquelaine. Objectif affiché : trouver une solution temporaire aux familles sans domicile, en vue d’un relogement plus stable.

« À Toulouse, environ 4 200 sans-logis malgré 23000 logements vides et 240 000 mètres carré de bureaux vacants ». En matière de logements, l’agglomération toulousaine est confrontée comme beaucoup de métropole françaises à un paradoxe difficilement acceptable pour les associations à vocation humanitaire. D’un côté, des mesures fortes sont prises contre les populations marginalisées et sans toits (en septembre 2019, J-L. Moudenc a mis en place un arrêté « anti-bivouac », interdisant les tentes en centre-ville.), de l’autre des logements sont gardés inlassablement vides par des propriétaires (particuliers ou collectivités) qui refusent de les mettre à disposition…

Opération coup de poing

C’est en se basant sur ce constat qui en dit long sur le « pays des droits de l’homme » que « Un Toit Pour Tous » a pris la décision d’investir des locaux abandonnés du centre-ville avec cinq familles qui dormaient à la rue ou dans des squats. Impulsée par plusieurs parents d’élèves et instituteurs qui désiraient une solution temporaire pour leurs élèves en situation irrégulières, la démarche du collectif vise à proposer un toit aux familles qui errent entre logements d’urgences, trottoirs et tentes. « Normalement, pendant la période de la trêve hivernale, il n’y aura pas d’expulsions. En tout cas nous ne partirons pas avant le printemps » annonce Stefania, bénévole au DAL31, d’un ton assuré. Juste derrière elle, dans la pièce géante qui fait office de rez-de-chaussée, Anila, Albanaise, a élu domicile dans le logement temporaire depuis vendredi. Dans une salle qui faisait auparavant office de salle d’attente, elle va et vient au gré des bouillonnements de sa théière.

« J’ai passé 3 ans et cinq mois entre la rue et les squats, avec mon enfant de 11 ans et mon mari. Ici, c’est juste une solution temporaire, on réclame un logement stable »

Anila, albanaise, a élu domicile dans ces anciens bureaux vendredi.

Pour bénéficier d’une chambre de fortune dans ses anciens locaux, les cinq familles ont été identifiées par les instituteurs et institutrices de leurs enfants. « Ils les voyaient arriver en cours complètement crevés et avachis. C’était quasiment impossible pour eux de mêler cette vie de misère avec des journées d’études », retrace Carole, bénévole au DAL. De bonne volonté, elle nous présente les chambres à l’étage. Deux femmes, en doudoune, balaient frénétiquement le devant de leur porte. Les chambres, le plus souvent des matelas empilés les uns sur les autres, sont inoccupées en ce début d’après-midi. Le bâtiment n’est pas chauffé et la différence de température entre l’intérieur et l’extérieur est difficilement perceptible. Comme Carole, une poignée d’adhérent(e)s de l’association se relaient fréquemment pour maintenir une ambiance conviviale dans le microcosme.

Tout autour des tables et des chaises installées d’une manière hasardeuse (l’emménagement n’est pas encore terminé), des affiches et des panneaux parcourent les murs. Une lettre écrite par le collectif à la préfecture est fièrement affichée à l’entrée. Courte mais précise, elle fixe les conditions et le cadre qui conduiront le collectif a définitivement quitter les lieux.

« On réclame une solution pérenne à la préfecture de Haute-Garonne, pas de logements d’urgence et autres logis temporaires. »

Carole, bénévole du DAC.

Le cadre est donné. En référence à l’article 102 du code civil, invoqué dans la lettre, tant que le collectif maintient une activité dans cet ancien centre des impôts, le domicile « survit juridiquement ». Reste à savoir dans combien de temps la préfecture et les pouvoirs publics vont apporter une réponse. « Le collectif s’est occupé de toute la partie légale et de la paperasse bureaucratique. Mais c’est important de préciser que ce n’est pas un squat, mais une réquisition. On veut faire passer un message fort et trouver une solution de logement fiable pour ces familles », esquisse Stefania.