Entre les grèves, les manifestations et autres mouvements sociaux, on le sait, les commerçants n’ont pas été épargnés depuis ces quelques -longs- mois. Beaucoup ont dû brader ou encore liquider les stocks, afin d’attirer toujours plus de clients pour sauver leur commerce. Les soldes d’hiver 2020 commencent aujourd’hui, mais le moral est plutôt en berne du côté des vendeurs.

« Je n’ai jamais vu ça en vingt ans de carrière »

Sylvie n’a plus le cœur à organiser les soldes. Ces derniers mois ont été très difficiles pour cette gérante d’une boutique indépendante de chaussures en plein cœur de Toulouse. On la voit installer les étiquettes rouge vif avec inscrit « Soldes » en très gros, pour attirer le plus de regards sur cette petite boutique. Mais lorsqu’elle parle des soldes, c’est plus de l’agacement que l’on peut apercevoir sur son visage. « Il suffit de voir à quel point le magasin est vide pour se rendre compte de la panade dans laquelle nous sommes, nous, commerçants indépendants ». En vingt ans de carrière, elle n’a jamais vu ça. Pas un chat dans les rues, alors que les soldes commencent à peine. « Ce n’est pas parce qu’il est tôt. C’est parce qu’avec tout ce qu’il se passe depuis des mois, les gens ( et toutes les générations confondues ) consomment autrement. C’est une vraie catastrophe pour accéder au centre-ville ». Catherine ne mâche pas ses mots. Elle est affligée de voir à quel point, pour les personnes extérieures à Toulouse, il est compliqué de venir. « Entre les grèves des transports, les manifestations parfois très violentes et l’enfer que c’est pour se garer, je comprends que mes clients aillent dans les centres-commerciaux et sur internet. Je pense même que je ferais pareil si je n’habitais pas à Toulouse ».

Béatrice, vendeuse en bijouterie, attend de voir réellement si les soldes vont arranger la situation. « Dans tous les cas, et je l’espère, les soldes ne pourront qu’être bénéfiques au vu de l’année que nous venons de passer ». Certains samedis, la boutique était déserte. « De janvier 2019 jusqu’au mois de juin, on avait vraiment la tête sous l’eau. Et à partir du mois de juin, on a recommencé à respirer de nouveau. Mais nous, nous sommes une petite bijouterie alors nous ne faisons pas les ventes-privées avant les soldes. C’est aussi ça qui nous pénalise : les grosses chaînes qui bradent plus facilement ». Mais Béatrice reste optimiste quant à ces soldes d’hiver. « Je suis persuadée que, malgré tout, ça va aller ».

Trouver des moyens pour pallier la concurrence

Et oui, les ventes-privées sont presque devenues habituelles avant les soldes. Les grosses chaînes sont les premières à le faire, et, les commerçants indépendants se sentent obligés de suivre le mouvement. Benoît, qui tient une boutique de prêt-à-porter, a proposé des ventes-privées à ses clients. « Au vu de l’année que nous venons de passer, cela m’a paru logique d’organiser des ventes-privées. Certains week-ends, la boutique n’a eu que très peu de clients. J’ai alors dû trouver une solution pour mes chiffres. Alors j’ai bradé et déstocké. J’ai aussi beaucoup de clientes qui ont changé leurs habitudes et viennent faire leurs achats le vendredi. Elles ne veulent pas prendre le risque de se déplacer le samedi ».

Il ne vous sera pas difficile de voir, au coin d’une rue, une boutique avec écrit en jaune fluo : « Déstockage tout doit disparaître ! ». Est-ce dû aux nouveaux modes de consommation ? De la concurrence des grandes enseignes et d’internet ? Des mouvements sociaux qui font déserter les centres-villes ? En tout cas, ce que l’on sait et que l’on ne peut que constater, c’est la détresse dans laquelle se trouvent de nombreux commerçants indépendants.

Les soldes débutent ce mercredi 8 janvier 2020, et se termineront le 4 février prochain.