En France, 143 000 personnes vivent dans la rue.

En France, en 2019, on meurt encore dans la rue. Le « aujourd’hui on n’a plus le droit d’avoir faim ni d’avoir froid » rêvé par Jean-Jacques Goldman semble bien loin. Plus que la faim et le froid, la solitude ronge aussi ces survivants qui ressentent de plus en plus d’indifférence à leur égard… 

143 000. Ce vertigineux décompte, c’est celui des personnes sans logements, en France, selon une étude de l’INSEE, effectuée sur l’année 2018. Ils sont, malheureusement, de plus en plus sans domicile fixe depuis le début du 21ème siècle. Le chiffre des personnes à la rue a augmenté de 50 % entre 2001 et 2012. 

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Mais vivre dans la rue, c’est en réalité survivre. En 2019, on estime qu’au moins 369  sans domicile fixe sont mortes dans la rue, du fait de leurs conditions. Plus que l’efficacité des autorités compétentes, c’est l’humanité de chacun qui est remise en question par ce chiffre. Souvent, c’est au beau milieu de l’agitation de la rue et la foule que ces hommes et ces femmes ont leur dernier souffle. 

Dernier exemple en date, à Saint-Nazaire, dans la nuit de dimanche à lundi dernier. Alors qu’un riverain avait alerté les autorités quatre heures plus tôt, un homme sans abri, sera retrouvé mort dans un abribus dans lequel il s’était réfugié pour la nuit. Malgré le signalement aux autorités, personne n’est intervenu. Une mort qui aurait sûrement pu être évitée, comme tant d’autres… 

Contactée par téléphone, la municipalité de Saint-Nazaire n’a pas donné suite à nos demandes d’entretiens au sujet de ce triste événement. 

« Une mort sociale »

« Vivre dans la rue, c’est une mort sociale. Les gens ne nous regardent pas. Les policiers ne nous protègent pas. Trouver du travail sans logement, c’est impossible. Vivre dans la rue, c’est un terrible engrenage dont il est impossible de sortir sans entourage. Mais le problème, c’est, qu’en général, quand on est dans la rue, c’est qu’on n’a plus d’entourage », déplore Yusuf, un sans domicile fixe depuis 8 mois, rencontré sur un des bancs de la place Wilson. « Dans la rue, en plus, il y a beaucoup de danger, certains sont prêts à te planter pour une bière. »

Justement, pour Yusuf, il y a un « stéréotype du SDF ». « Pour les gens, les sans domicile fixe, c’est juste des pouilleux alcooliques et drogués, c’est pour ça qu’ils ne les regardent même plus ». Pour cet ancien ouvrier du bâtiment, « ceux qui boivent et se droguent essayent juste de fuir la réalité. Pour ceux comme moi qui ne prennent pas tout ça, c’est encore plus dur parce que la réalité on ne s’en enfuit jamais. » 

La faim, le froid, la solitude… Nombreux sont les maux dont on est atteint lorsqu’on vit dehors. Mais il y en a un qu’il faut aussi soulever, c’est l’abandon des pouvoirs publics. Pire que cela, les policiers municipaux passent une grande partie de leur temps à jouer au chat et à la souris avec les SDF. Ils les font fuir les rues du centre-ville, les empêchent de mendier, parfois même les verbalisent. 

Une réponse politique inexistante

Du côté des municipalités, il semble que la réponse la plus concrète apportée à ceux qui n’ont pas de toit soit l’installation de mobiliers urbain anti-SDF pour qu’ils ne puissent même plus s’allonger. A la manière des tessons de verres installés sur les murs pour empêcher les volatiles de venir se soulager, on ne compte plus les pics sur les murets, les sièges inclinés dans les abribus… tout est fait afin d’empêcher les sans-abris de venir s’allonger. Cyniquement, la fondation Abbé-Pierre, qui oeuvre énormément pour ceux qui vivent dans la rue, a remis, en février dernier,  « Pics d’or » qui « récompensent » les dispositifs les plus inhumains.

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Outre le mobilier anti-SDF, on ne compte plus les arrêtés liberticides qui visent ceux qui vivent dans la rue. La plupart du temps, ce sont des arrêtés anti-mendicités, mais récemment Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse a parlé d’un arrêté anti-bivouac pour empêcher aux SDF de sa ville de bénéficier du minimum : une tente. 

Les tentes sont, la plupart du temps, habitées par des familles…

Au niveau du gouvernement, le président Emmanuel Macron promettait, en juillet 2017, qu’a à la fin de cette même année, il n’y aurait plus personne dans les rues. Spoiler : c’est raté… 

« Pour me sortir de ma situation, je m’en remets plus à dieu qu’à lui », déplore Yusuf. « Moi je fais pour tout pour m’en sortir et je ne m’en sors pas, alors imaginez ceux qui n’essayent même pas ! »