La France compte 2,4 millions d’étudiants dont 46% exercent une activité rémunérée. © Melvin Gardet

Aller en cours la journée et enfiler une tenue de travail le soir ou le week-end, c’est le quotidien de centaines de milliers d’étudiants en France. Nous sommes allés à la rencontre de cinq d’entre eux pour mieux comprendre comment et pourquoi ils ont fait le choix d’avoir un pied dans le monde professionnel pendant leurs études.

Nous rencontrons Margot à l’entrée de la faculté Paul-Sabatier. Cette étudiante en L3 de biologie est également intérimaire depuis 1 an. Elle travaille pour “mettre de l’argent de côté pour l’avenir et pour l’expérience professionnelle” et semble vraiment contente d’avoir commencé à travailler. Celle qui souhaite devenir ingénieur en biologie ou toxicologie avoue avoir “l’impression que j’ai trouvé une meilleure méthode de travail depuis que je suis intérimaire à côté, je suis plus motivée” même si elle reconnait que c’est aussi dû à ses études qui lui plaisent davantage qu’avant.

Clément et Romane, que nous avons interrogés dans les rues de Toulouse, sont moins emballés. Le premier est en 2ème année de GEA et en contrat étudiant dans une grande enseigne de distribution alimentaire depuis deux ans. La deuxième fait des études en marketing de mode dans une école privée et est caissière depuis un an. Les deux disent travailler pour avoir de l’argent de poche et se faire plaisir. En revanche, leur enthousiasme n’est pas le même que Margot concernant leur motivation. Clément trouve que conjuguer cours et travail est “fatiguant […] ça laisse moins de temps libre”. Un point sur lequel Romane le rejoint : “J’ai moins de temps de repos et pour travailler les cours”.

© Melvin Gardet

Hamza, étudiant en LEA Langues Etrangères Appliquées à Montpellier que nous avons joint par écrit, constate lui aussi qu’il y a “moins de sorties et moins de temps pour les week-ends” mais ne veut pas se faire plaindre : “Des fois j’avoue que c’est chiant, mais bon, c’est moi qui l’ai décidé en vrai”. Par téléphone, Naïb, étudiant en master système d’information et contrôle de gestion en alternance à Montpellier depuis la rentrée nous dit que pour lui “c’était un bon compromis l’alternance” puisqu’il gagne en expérience professionnelle, de l’argent et continue de côtoyer des étudiants. Toutefois, la corrélation travail/études est parfois “assez pénible parce qu’il y a des périodes où il y a des charges de travail assez importantes”.

À l’échelle nationale

Selon une enquête de l’Observatoire national de la vie étudiante datant de 2016,  46% des étudiants déclaraient exercer une activité rémunérée en parallèle de leurs études. Sur ces 46%, 80% occupent leur poste trois jours ou plus pour une durée hebdomadaire d’en moyenne 28h45. Ainsi, leurs revenus d’activité (montant mensuel moyen) était de 740€ bruts. Près de 18% d’entre eux estiment que cela a un “impact négatif” sur leurs résultats scolaires et un sur trois que cette activité est “source de stress, de tension nerveuse”. Cependant, 75,4% des étudiants interrogés estiment que travailler leur permet d’améliorer leur niveau de vie, quant 63,9% disent que cela leur permet d’assurer leur indépendance à l’égard de leurs parents.

Une étude à relativiser puisque le Bureau international du travail (BIT) a publié un rapport DARES commandé par le gouvernement français en 2017. Celui-ci indique qu’en moyenne, entre 2013 et 2015, parmi les 2,4 millions de jeunes âgés de 18 à 29 ans qui suivent des études dans l’enseignement supérieur, près de 23% sont actifs. Un chiffre à relativiser puisque sont considérés comme actif les sondés ayants travaillés au moins un jour dans la semaine précédent l’étude. Aussi, les étudiants travaillants plus de 16 heures par semaine seraient plus à même d’abandonner leurs études. Les activités “les plus déconnectées des études, exercées de façon régulière ou intense, peuvent avoir des répercussions non négligeables sur les conditions d’études et sur leur réussite” conclut le rapport.

Melvin Gardet