Borderouge est un quartier de Toulouse de près de 3 000 habitants, au nord du centre-ville. Né d’une vaste zone de maraîchage dans les années 90, elle tient son nom d’une ferme qui y exploitait le terrain, la Borde rouge. La zone a depuis changé de visage. Une hausse du nombre de logements et d’habitants en fait un quartier aujourd’hui connu comme agréable et diversifié. La mixité sociale qui y réside est néanmoins remise en question par de nombreux habitants.

Le chantier à côté de la Place Maourine se fait discret. La tranquillité des environs et le chant des oiseaux restent perceptibles, et appréciés. Au Parc des Maourines, le passage des voitures est presque inaudible. Il semblerait que c’est là que l’on peut rencontrer des personnes d’origines variées. Sur les lieux, rencontre avec un jeune homme, peintre. La cigarette à la main, des tâches de peinture de toutes les couleurs recouvrant son gilet, il explique d’une voix posée qu’il n’y a là pas plus de mixité sociale que dans la ville. « Il faut connaître les bonnes personnes pour bien y vivre, c’est tout ». Julian, 22 ans, est dans le quartier depuis 4 ans. Il est du même avis. « En France en général il y a de la mixité partout ».

Or, Alexandre Lacambre Zamora l’expliquerait autrement. « c’est un endroit où la mixité sociale marche ! ». Ce jeune étudiant de 18 a grandi dans le quartier. Sa mère et ses grands-parents avant lui y résidaient déjà. Il a habité plutôt du côté des Minimes, du canal. « Ce quartier je l’adore, c’est là que j’ai grandi » déclare-t-il. Dans l’école où il allait, « il y avait des gens hyper riches, et des gens hyper pauvres, de la cité. La cohésion et la laïcité ça marchait. La réussite du quartier Borderouge c’est que vraiment tout le monde est différent ». Lewis, 29 ans est du même avis. Cet auteur interprète et manager artistique vit à Borderouge depuis un an. Il explique que Borderouge est un « cadre sympathique d’où émerge pas mal de mixité. Je pense que c’est ce qui fait la diversité de ce quartier ».

Les rumeurs, Borderouge : le nouveau Mirail

La mixité sociale a fait polémique ces dernières années lorsque des individus venant du Mirail ont été relogés à Borderouge. Alexandre Lacambre Zamora affirme que « la communauté qui venait du Mirail prenait beaucoup d’ampleur ». Cela causerait-il un effet de déséquilibre social dans le quartier ? Certains passants à la Place Carrée de la Maourine estiment que depuis, le quartier est moins sécurisé et rassurant. Or selon Alexandre Lacambre Zamora, les phénomènes ne sont peut-être pas tant liés.

Selon lui la mixité et la cohésion sociales reposent sur l’immobilier et l’éducation. « L’ancien maire, Cohen, a lancé plein de constructions type HLM. Ça, ça va tuer le quartier. Parce que qui veut habiter là ? » Si les jeunes relogés du Mirail sont placés là, « ça ne changera rien à leurs conditions de vie ! », et « l’évolution du quartier ressemblera à celle du Mirail. »

Il suggère également de favoriser la mixité sociale dans les lycées et collèges. « Un quart, sûrement plus, des personnes d’origine catholiques, ne vont pas dans les publics, mais dans les privés. Et ça c’est dommage. c’est à cause de leur réputation alors qu’il y a énormément de mixité sociale dans les publics! ».

Pour qu’il y ait mixité, il faut de la cohésion

« De nombreuses personnes ne se rendent pas compte qu’il y a des associations à Borderouge, des activités », déclare Philippe Dubois, président de l’association AnimaBord. Il a entendu beaucoup de personnes se plaindre du manque d’activités dans le quartier. Mais pour se rendre compte des activités qui rassemblent les habitants il faut « ouvrir les yeux ». « C’est très mixé socialement, ça c’est sûr. Lors des repas de quartier et vides greniers organisés par AnimaBord, on le voit ! »

Dans la plupart des quartiers « les gens vont auprès de maisons des associations pour se renseigner sur les activités. À Borderouge, il n’y en a pas », d’ailleurs il y aurait « un manque d’équipements pour solidifier la présence de ces associations de quartier », d’où le ressenti que le quartier est « trop » tranquille. Son voeu serait d’ouvrir un « espace partagé, un comité de quartier pour à la fois héberger les associations, mais aussi pour que ce soit un lieu de rencontre et de rassemblement ». Finalement le but c’est de faire mentir les à priori sur le quartier, comme quoi il ne s’y passe rien, que c’est un quartier condamné à évoluer comme le Mirail. « Ne pas basculer vers le Mirail et dynamiser le quartier avec des actions positives », c’est le but à suivre Delon Philippe pour que la cohésion et la mixité sociales perdurent à Borderouge.

Source : Orpi