En France, chaque année, 37% des séparations sont qualifiées de « conflictuelles ». Au total, ce sont plus de 3 millions d’enfants qui ne vivent pas avec leurs deux parents. Un déchirement toujours difficile, qui s’accompagne de démarches administratives et juridiques lourdes.
Pour mieux encadrer les parents et les enfants dans leurs difficultés face au divorce, trois professions existent : avocat spécialisé dans le droit des familles, médiateur familial, et psychologue. 

Difficile de s’improviser expert du divorce lorsqu’on est parent. Troubles chez l’enfant, manipulations d’un conjoint, annonce de la décision, isolement…
A Mondonville, à l’initiative de Marie-Caroline Despax, responsable pédagogique de la formation des médiateurs familiaux à l’Institut de la Famille, des parents divorcés étaient conviés pour échanger avec une avocate, une médiatrice familiale, et une psychologue sur les questions de divorce.
Un concept inédit pour croiser les différents champ d’actions de ces professionels, et prodiguer des conseils aux parents en difficultés. 

Une complémentarité essentielle

Marie-Lise Foucaudeau, psychologue, Sylvie Labussière, médiatrice familiale et Bénédicte Bernes, avocate spécialisée dans le droit des familles ont lancé le tempo de la soirée en rappelant leurs rôles respectifs.

La psychologue est souvent amenée à conseiller les parents sur comment annoncer la nouvelle à l’enfant. L’accompagnement porte aussi sur l’analyse et le traitement des conséquences du divorce sur la vie de tous les jours : acceptation d’un nouveau conjoint, troubles alimentaires, difficultés à l’école…

« Je tiens toujours à rencontrer les deux parents, séparément de l’enfant. Il faut aussi faire prendre conscience à chacun de ce que l’on peut dire où ne pas dire, ne pas charger l’enfant de sa propre peine. Pour les enfants, lors de cet accompagnement, je suis un peu ‘la dame aux secrets’, à qui l’on peut tout confier. »

Marie-Lise Foucaudeau, psychologue

La médiatrice familiale, profession relativement récente dans les métiers du social, se base sur 3 à 6 séances d’accompagnement des familles en difficulté. Un processus pour régler des conflits administratifs et sociaux entre parents, sans oublier le rapport enfant-parent.

« Nous sommes là pour faire communiquer les parties en conflit. On lutte pour la réunion des deux parents autour de l’enfant, régler les questions de pension alimentaire, d’organisation, en cas de déménagement… Il ne faut que des gagnants à la fin de médiation. Les accords trouvés sont ensuite homologués à destination d’un juge aux affaires familiales. »

Sylvie Labussière, médiatrice familiale

L’avocate du droit de la famille est souvent sollicitée par un parent en cas de désaccord important avec son ex-conjoint. Attribution de la pension, communication avec l’enfant altérée par l’autre parent, désaccord des parties sur des autorisations administratives… Le magistrat est chargé de défendre l’intérêt du parent auprès du juge aux affaires familiales quand le dialogue est rompu.

Des professions qui sont intimement liées, les avocats n’hésitant pas à conseiller la médiation à leurs clients, tout comme les psychologues et les médiateurs, qui travaillent main dans la main dans certains dossiers.

Réunion publique à Mondonville entre parents et experts liés au divorce. Crédits : Simon Aiguedieu

« La clé, c’est de construire des accords durables » 

Essence même de cette rencontre : les questions réponses avec des parents, divorcés ou en instance, livrant leurs ressentis et craintes. A l’issue, plusieurs pistes ont été abordées pour que le divorce soit vécu de la façon la plus apaisée possible :

➝ Toujours annoncer à deux la décision du divorce. « C’est toujours un traumatisme. Si un parent le fait seul, il va être assimilé au parent fautif. » argumente Marie-Lise Foucaudeau, psychologue.
➝ Expliquer à l’enfant que les règles sont différentes chez son père ou chez sa mère car ils ont chacun leur façon de vivre et de penser les choses.
➝ Ne jamais discréditer le conjoint devant l’enfant, point essentiel selon les trois expertes pour une situation apaisée sur le moyen ou long terme. Les parents doivent également éviter de confier leurs peines ouvertement : « ils ont déjà un fardeau très lourd à porter. Assumer celui des parents n’est pas dans l’ordre normal des choses » selon M.L Foucaudeau.
➝ L’enfant ne doit jamais se retrouver en position de « messager » entre les deux parents, le dialogue étant nécessaire pour régler les détails pratiques.

A l’issue de cette rencontre, les participants ont salué une démarche « utile » et salvatrice. Marie-Caroline Despax espère pouvoir en reconduire d’autres du genre. « Ce n’est pas toujours évident de réunir tous les professionnels du secteur en même temps. C’était déjà un bon premier test. »