Marie-Christine Grisoni a 75 ans. Elle est de ceux qui ont choisi de décider de leur date de mort. Une fois le moment venu, elle a donc choisi d’avoir recours au suicide assisté.

Bien que l’euthanasie soit interdite en France, nombreux sont ceux à avoir recours au suicide assisté en Belgique ou en Suisse. Selon l’Institut de médecine légale du canton de Zurich, entre 2008 et 2012, 611 personnes ont eu recours au suicide assisté dans le pays. Elles provenaient de 31 nations différentes. Parmi elles, on trouve 66 Français. Avec 10,8 %o, la France est le troisième pays qui compte le plus de concernés.

Marie Christine Grisoni a elle aussi pris la décision de ne pas attendre l’arrivée de la mort : « À partir du moment où je serai perdue, que je ne pourrai plus rien faire, plus sortir de chez moi, je ne vois absolument aucun intérêt à attendre que la mort arrive. Je ne veux pas connaître cette souffrance physique ni même psychique. » Et en tant que psychothérapeute et ancienne infirmière, elle sait de quoi elle parle : « J’ai passé ma vie à voir la souffrance que provoque une fin de vie, que cela soit dans mon travail ou dans mon entourage. »

À 75 ans, Marie-Christine n’a rien d’une femme aux idées suicidaires comme pourraient le prétendre bon nombre de préjugés sur le suicide assisté. Ancienne infirmière devenue psychothérapeute sur Lyon et mère de huit enfants, Marie-Christine à tout d’une personne pleine de vie et hyper-active. Sa décision n’est donc pas le reflet d’une personne n’ayant pas trouvé sa place dans un monde où, malgré un taux en baisse, une personne décide de mettre fin à ses jours chaque seconde. Choisir de passer par le suicide assisté est pour elle la plus belle façon de partir : « C’est mon rêve, un suicide dans des conditions correctes. On nous fait boire une lotion ou on nous pique et on s’endort paisiblement avant de devenir dépendant de sa souffrance, de sa famille et de la société. »

Le refus d’une dépendance

Du côté de ses proches, la décision de Marie Christine a été complètement acceptée. Sur ces huit enfants, aucun ne s’opposera à cet acte. Dans cette famille sans tabou, le sujet a toujours été abordé librement et compris. La famille de Marie Christine a également accepté ce choix car tous ont dû « subir » comme elle l’exprime, la dépendance de certains proches : « On se sent coupable de penser ça, mais c’est la vérité. Dans ces moments là tout le monde en a marre, les proches et la personne qui souffre. » Marie Christine se rappelle entendre sa tante, dont elle s’est occupée durant des années, être impatiente de mourrir tant la souffrance était insupportable. Les visites devenaient elles aussi un véritable calvaire pour sa tante.

Aujourd’hui, à 75 ans et toujours active, Marie Christine est en bonne santé. Quelques problèmes respiratoires viennent perturber la femme mais rien de bien gênant. Le jour où elle sera contrainte à une dépendance respiratoire en étant placée sous oxygène, il sera temps pour elle de partir en Suisse.

Mais Marie Christine n’exclue pas l’option marche arrière : « J’ai déjà accompagné des gens qui au dernier moment ne voulaient plus partir. »

Faire marche arrière à tout moment

L’association Dignitas – Mourrir Dignement située à Zurich, en Suisse, est le seul centre du pays à accueillir les étrangers. Elle permet à chaque patient de faire demi-tour au dernier moment. C’est pourquoi, l’association est très attachée à la différence entre euthanasie et suicide assisté. L’euthanasie est une décision prise par un tiers et surtout, une fois les papiers signés, revenir sur sa décision n’est plus possible. Ici, c’est la personne en question qui doit prendre cette décision. Et jusqu’à la piqure il est possible de faire marche arrière.

Avant de bénéficier d’un suicide assisté, de nombreuses étapes sont mises en place par l’association afin de s’assurer que la décision soit réellement murie : « Nous visons toujours à donner des conseils adaptés à la situation individuelle de la personne. Le dénominateur commun est que, premièrement, nous prenons au sérieux la personne avec son désir de se suicider. Deuxièmement, nous parlons ouvertement et honnêtement avec elle; et troisièmement, nous ne la traitons pas comme «malade mental» et ne la stigmatisons pas. Quatrièmement, nous parlons objectivement sur le suicide et les risques élevés d’un tentative de suicide non accompagné. Enfin, nous conseillons ouvertement et dans toutes les directions. Il n’y a pas de ‘solution juste’, et le suicide assisté n’est qu’une des possibilités diverses. » explique l’équipe de l’association.

Pour Marie Christine, la décision est plus que certaine. Depuis ses 40 ans, le suicide assisté est devenu une évidence pour cette femme. Désormais, elle souhaiterait qu’il y ai plus d’associations d’aide en France. Car selon son entourage et les personnes qu’elle a pu rencontrer au cours de sa vie, beaucoup de Français souhaiteraient avoir recours au suicide assisté. Une situation qui les oblige à débourser des sommes comprises entre 8 000 et 10 000 euros sans compter les frais et les nombreuses démarches que demande le transport.