D1ST1 est un rappeur toulousain encore méconnu du grand public. Ce jeune homme est maintenant à son compte et consacre ses journées au rap. Le 20 janvier, il publie sur sa page Facebook, suivie par 1.500 fans, son nouveau clip. Un rap sur les Gilets jaunes, qui a dépassé, en 48 heures, 1,5 millions de vues. Rencontre avec ce rappeur.

Le 24 heures : Comment avez-vous commencé à rapper ?

D1ST1N : J’ai commencé, j’avais 14 ans. Concrètement, pour faire court, j’en ai vu pas mal dans ma vie. Donc j’ai très vite eu besoin de parler des choses que j’avais sur le cœur.

Vous faites du rap engagé ou pas forcément ?

Alors moi, jusqu’ici, j’ai râpé, disons, en parlant aux gens. En parlant surtout de ma vie. Moi j’ai toujours parlé de mon vécu, de mon histoire. Après bien sûr, ça inclut des ressentis sur les gens que j’ai croisés. J’ai pas revendiqué des choses précises sur des mouvements, comme ont pu le faire certains. C’est sur mon vécu à moi.

Pourquoi avoir fait un rap sur les gilets jaunes ?

Déjà, je suis Gilet jaune. J’étais sur les manifestations, j’ai vu le chaos qui se passe là-bas chaque samedi. J’en avais gros sur la patate. Je me suis retenu pendant pas mal de temps de faire un son. Voyant que personne ne prenait la parole, j’en pouvais plus. J’ai pris une instru et j’ai écrit pour me lâcher quoi. Voilà, ça s’est fait comme ça, j’avais besoin de parler, que ça se sache.

Qu’est-ce qui vous touche dans ce mouvement ?

Ce qui me touche c’est que j’en fais partie.

A l’heure actuelle, je n’ai pas un euro. Si je veux aller au Mcdo, je peux pas y aller. Franchement, de te dire ça, j’ai les boules déjà. Donc il n’y a pas besoin de chercher bien loin.

Donc sachant ça, sachant que tous les gens sont comme moi, qu’on gueule de pas manger et qu’on se fait tirer dessus et que dedans il y a des enfants et des grands parents, et qu’il y en a qui sont matraqués, qui ont perdus des yeux, des mains. C’était à côté de moi, j’ai vu plusieurs fois ça. Je l’ai vu de mes propres yeux, je l’ai vécu.

Il fallait que les gens qui ne sont pas au courant, parce que les grands médias le relaient pas, ou mal, ou comme ça les arrangent, il fallait que tous ces gens-là voient ce qu’il se passe, sans prendre parti du mouvement d’un tel. Moi je voulais parler simplement de ce qu’il se passe.

Je suis le messager de tout ça quoi, de tout ce qui est caché.

Est-ce que vous vous attendiez à ce que votre clip buzz ?

Non, pas du tout. Franchement, moi je rappe depuis que j’ai 14 ans. Donc je sais que ça ne se fait pas comme ça. Donc non, je ne m’y attendais pas du tout.

Quel retour avez-vous eu de ce clip auprès des gilets jaunes ?

Franchement, énormes. Je m’y attendais encore moins parce que c’est que des commentaires fous quoi. C’est que des commentaires où on est là « je vous remercie d’avoir trouvé les mots pour dire ce qu’il se passe ». Il y en a plein qui me disent qu’ils ont pleuré. Des gens de 70 ans qui m’écrivent, des gens qui me disent qu’ils ont des frissons. D’autres qui n’aiment pas le rap et qui me disent ouvertement « j’ai cliqué, à la fin je suis en larme ». D’autres qui me remercient, qu’ils pourront montrer à leurs enfants plus tard une vidéo de pourquoi leur père n’était pas là le samedi quand ils étaient petits. Enfin des trucs fous quoi, touchants.

Sans parler du côté rap, les gens m’ont dit que ça fait longtemps qu’ils n’ont pas écouté du son comme ça.

Et les réactions des autres personnes en général ?

Franchement, c’est pas pour faire genre, mais j’ai pas reçu de beaucoup de commentaire contre. J’ai dû voir 4 commentaires sur 1.000, où il y a juste des gens qui disaient que j’étais là pour surfer sur la vague. Non vraiment, il y a eu que des bons commentaires en général. C’est hallucinant.

Combien de temps cela vous a pris d’écrire les paroles et de faire le clip ?

Le texte, écris en 2 fois 20 minutes, chanson enregistré deux jours après en 1 heure, clip tourné le samedi d’après, lors de l’acte IX.

C’était pas trop compliqué de tourner le clip durant les manifestations ?

Non, parce que c’était l’acte IX. On a quand même des repères à force. De toute façon, quoi qu’il en était, j’étais prêt, pas à tout, mais j’avais une chose en tête. Et c’est plus que pour moi, c’est pour tout le monde. Donc il fallait être là, et avoir les vraies images.

Quel est votre prochain objectif ?

Ce que j’ai toujours fait. Rester dans la musique, là je suis indépendant. La musique c’est ma passion, c’est ma vie. Donc moi c’est la musique, ça la toujours était et ça le restera.

Après, pour vous dire la vérité, je suis surpris que ce soit autant relayé. J’ai même pas le temps d’assimiler que j’ai beaucoup de choses à faire. Je pense pas vraiment à ça quoi. Après le rap c’est ma vie, je parlerai toujours des choses qui me tiennent à cœur et voyant qu’il y a un tel engouement là, que ça fait du bien à tellement de monde, je me dis que je ne sais pas pourquoi je recommencerais pas, éventuellement.

Et justement, de voir que ça a touché autant de personne, vous pensez que ça pourrait vous permettre d’avoir des portes qui s’ouvrent dans le monde du rap ?

Bah… Je sais pas quoi répondre. Je suis humble. J’aimerais bien, mais en même temps, je suis pas là pour ça. Mais c’est ma vie, j’ai toujours fait ça pour ça. Et si ça se fait, c’est que c’est les gens qui l’auront décidé. C’est ce qu’il faut retenir.