Plus de 70 ans après l’extermination des Juifs par l’Allemagne nazie (entre cinq et six millions de victimes), la Shoah ne semble pas être aussi connue qu’elle le devrait. Comme en témoigne ce chiffre alarmant : un quart des jeunes Français ignorent l’Holocauste.

« Le dernier rempart pour lutter contre l’antisémitisme, c’est avant tout l’institution. » pour Guy Rosenthal, membre de l’association juive Haver à Toulouse. Rempart qui semble néanmoins s’être fragilisé. Selon l’institut de sondage britannique ComRes Global, un quart des jeunes Français ne connaîtraient pas la Shoah. Pire encore, 21% des 18-24 ans n’auraient jamais entendu parler de l’Holocauste. Des chiffres étonnants, comme le commente Bénédicte Berges, professeur documentaliste au lycée Jean Durroux en Ariège. « C’est un peu choquant et étonnant. Étonnant que les élèves ne soient pas au courant au vu du programme d’histoire que met en place l’éducation nationale. Peut-être qu’il y a un problème de traduction au niveau de l’étude. » Si l’on peut avancer le problème linguistique et l’utilisation du terme Shoah, le constat reste alarmant. Avec les éléments dont l’on dispose, il est inquiétant d’imaginer la jeunesse d’un pays comme la France méconnaître l’un des épisodes les plus dramatiques de l’Histoire.

Mais comment expliquer ce résultat ? « Quand on est passif, on ne retient pas », poursuit Bénédicte Berges. « Les jeunes élèves ne lisent plus ou très peu à partir de la 4e, c’est un problème. Je pense que l’on est dans une période de régression. Les gens ne prennent plus de recul. » Au-delà de la connaissance simple du génocide des juifs par l’Allemagne nazie, c’est cette notion de conscience qui interpelle.

« Il faudrait faire ressentir aux jeunes ce sentiment d’exclusion » 

Les outils classiques, tels que l’enseignement, la lecture ou les visites ne semblant pas, ou peu, porter leurs fruits. D’autres méthodes de sensibilisation doivent donc être mises en place. C’est ce qu’explique Guy Rosenthal. « Il faudrait faire ressentir aux jeunes ce sentiment d’exclusion. Leur faire comprendre que dans le passé, certains furent des victimes seulement à cause de leurs origines ». Un parallèle effectué dans un pays du Nord de l’Europe, où un professeur avait puni ses élèves blonds durant tout un cours.

Un exercice qui avait permis de sensibiliser à cette notion d’exclusion. Mais ce ne sont pas seulement les jeunes qui doivent bénéficier d’éléments de réponse. « Le plus important , c’est sensibiliser les professeurs. Il faut leur donner les bons outils de travail, afin qu’ils puissent comprendre et transmettre toutes les informations nécessaires sur la Shoah», continue Guy Rosenthal. Une volonté partagée par Bénédicte Berges. « Au-delà du programme de l’histoire géographie, il faudrait réaliser des actions transversales. Il est important de toucher à l’éducation du jeune citoyen. Les jeunes doivent réagir directement. » 

Une étude qui choque les jeunes 

Ainsi, cette étude met en avant les supposées lacunes de la jeunesse française concernant l’Histoire. Et pour certains jeunes toulousains, cette étude est inquiétante. « C’est un manque d’intérêt », commente Ludovic. Adam lui, évoque l’ancienneté de la Shoah. « Peut-être que les gens oublient. Ça paraît loin. Quoiqu’il en soit, c’est un manque de culture qui fait peur. » Pire encore pour Anne-Clothilde, cette période est étudiée différemment selon les lieux. « Dans quelques établissements ZEP, on balaie le thème de la Shoah de façon précipitée. Probablement pour éviter d’attiser les tensions que pourraient ressentir certains élèves issus de communautés différentes. »
Ainsi, il paraît nécessaire de perpétuer l’enseignement de la Shoah aux jeunes Français. Le rappel de l’Histoire commune doit permettre d’empêcher l’oubli d’une des périodes les plus sombres. Pour rappel, plus de 75 000 Juifs furent déportés depuis la France.