Mardi 8 janvier, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a annoncé qu’il ne signerait pas dans l’immédiat le décret d’application d’une mesure de la loi alimentation de novembre 2018 qui avait pour but de suspendre l’utilisation du dioxyde de titane, aussi appelé « E171 ».

Depuis 2016, de nombreuses associations telles qu’Agir pour l’environnement luttent pour une suspension de l’utilisation de l’E171. Mais pourquoi ces associations tentent-t-elle de faire interdire le dioxyde de titane, et de quoi s’agit-il exactement ?

Un additif à seule vocation esthétique

Depuis maintenant deux ans, et d’autant plus depuis la nouvelle loi sur l’alimentation datant de novembre dernier, la problématique de la suspension de l’E171 est mise en lumière. Mais si vous n’avez pas suivi de près ce dossier, il est temps d’assister à une session de rattrapage.

Le dioxyde de titane, c’est votre mascara, votre dentifrice, votre petit plat préparé acheté 3 euros 50 à la supérette à côté de chez vous, votre dessert favori, vos bonbons préférés ou encore la peinture des murs de votre tendre et douillet appartement. Le dioxyde de titane est partout, mais lorsqu’on regarde d’un peu plus près, il a un rôle purement esthétique. Sa principale action ? Blanchir, vernir ! Et c’est justement ça qui agace les associations quand Bruno Le Maire annonce qu’il repousse l’échéance de sa suspension.

« Si l’E171 était essentiel, nous comprendrions les délais. En revanche, ce n’est pas le cas. Certaines industries l’ont même déjà retiré sans problème », s’insurge Stephen Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’environnement.

Les entreprises internationales et grandes surfaces Carambar and Co, Super U, Carrefour et Leclerc se sont notamment engagés à ne plus l’utiliser. Mais alors quel est le réel danger de cet additif ?

Le dioxyde de titane : cancérigène ?

De nombreuses études effectuées depuis 2016 ont révélé que l’additif alimentaire E171 serait cancérigène. Et notamment, cette étude réalisée sur des rats par l’INRA en janvier 2017. Selon les chercheurs, 40 % des animaux exposés au produit auraient développé des cancers du colon. Les résultats de cette étude ont également prouvé que le dioxyde de titane franchit la barrière intestinale et passe dans le sang, ce qui engendre un déséquilibre immunitaire important.

Certains scientifiques, comme le Professeur Jürg Tschopp, comparent également cet additif à l’amiante, un matériau connu pour être hautement toxique. Suite à ça, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a déclaré le dioxyde de titane comme « potentiellement cancérigène » lorsqu’il est inhalé. C’est pourquoi, aujourd’hui, les associations sont nombreuses à se préoccuper de l’exposition orale au E171, en particulier chez l’enfant, premier consommateur de confiseries.

Pour Stephen Kerckhove, il faut donc tout suspendre et au plus vite, il ajoute : « On dirait que Bruno Le Maire attend une certitude, que quelqu’un tombe malade. Pourtant, c’est ça le principe de précaution : en cas de doute, on supprime. Et c’est le cas de millier d’additifs. »

Une suspension déjà votée

En novembre dernier, lors du projet de loi pour l’alimentation, l’article 11 déclarant : « L’importation et la mise sur le marché à titre gratuit ou onéreux de toute denrée alimentaire contenant du dioxyde de titane en tant qu’additif alimentaire (E171) sont suspendues… » avait été voté. Pourtant, une nouvelle fois, Bruno Le Maire demande de nouvelles études, pour Stephen Kerckhove, il y a une crainte de créer un précédent avec le secteur agroalimentaire et esthétique du côté du ministre de l’économie.

Suite à sa déclaration mardi dernier, Bruno Le Maire a lancé une invitation à plusieurs associations hier soir afin de la rencontrer cet après-midi. Mais elles craignent que le ministre reste sur ses positions et tente seulement de retarder une nouvelle fois la suspension. Pour Agir pour l’environnement, il n’est pas question que ces discussions ne fassent pas avancer l’affaire. Ils souhaitent un engagement de la part de Bruno Le Maire à ce que le dioxyde de nitrate ou encore E171 soit retiré rapidement du marché. Auront-ils finalement gain de cause ? Réponses dans les heures à venir…