« Un mois sans toucher un verre d’alcool », l’idée fait sourire chez les jeunes et notamment chez les étudiants, grands habitués des soirées du jeudi soir. Et pourtant, le Dry January n’est pas seulement un simple challenge à prendre à la légère. Pour beaucoup, le Dry January est l’occasion de véritablement rompre avec son addiction. C’est en tout cas le pari que se sont lancés les membres du groupe « Janvier sobre ».

Ce n’est pas la première année que le mouvement Dry January fait son apparition : venu tout droit d’Angleterre et initié par le département de la Santé, la campagne du mois sans alcool a connu sa première édition en 2015. Depuis, le succès n’est que grandissant et se développe en France.

L’objectif est simple : rompre totalement avec l’alcool pendant 31 jours en vu d’en finir une bonne fois pour toute avec cette addiction. Même si pour beaucoup le Dry January ne représente qu’un simple pari d’étudiants voulant tester leurs capacités à lever le pied sur la boisson, la réalité est toute autre.

« Janvier sobre » : la liberté de s’exprimer

De nombreuses personnes tentent de rejoindre le mouvement : par besoin ou par curiosité, le Dry January interpelle et soulève quelques interrogations. C’est pour répondre à celles-ci que le groupe « Janvier sobre » a fait son apparition sur les réseaux sociaux. Mené de front par Laurence Cottet, devenue patiente-experte après avoir elle aussi gagné son combat face à l’alcool, le groupe rassemble aujourd’hui 370 membres.

Messages de soutien, « journal intime », « Janvier sobre » se veut être un réel groupe d’information où chacun est libre de partager son sentiment, ses motivations et même ses faux-pas. Au-delà d’un simple groupe d’entraide, de nombreux conseils et astuces sont régulièrement publiés.

« C’est de ça dont on a besoin : de parler à des gens qui nous écoutent réellement et qui nous soutiennent dans notre initiative. »  Olivier a rejoint le groupe depuis le début du mois de janvier. Âgé de quarante cinq ans et alcoolique depuis vingt cinq, le « Dry January » est, à l’heure actuelle, le seul sevrage qui fonctionne. « J’ai tout essayé : des dizaines de cures, des traitements médicamenteux, mais jusque-là rien n’a marché. J’ai rejoint le mouvement le 7 janvier, et de voir les gens se sentir mieux dans leur vie grâce à l’arrêt de l’alcool, ça a été un déclic. »

« Beaucoup d’alcoolos dépendants l’ignorent parce qu’ils boivent un apéro tous les jours, et que pour eux, ça reste un apéro. Mais c’est ça la dépendance, avoir besoin d’un apéro tous les jours. »

Patrick, membre du groupe « Janvier sobre »

Le déclic, ils sont nombreux à l’avoir eu. Pour Carole*, participant au « Dry January » depuis le début, c’est avant-tout un besoin de se sentir mieux dans sa peau, de retrouver des sensations oubliées : « Je fais partie de ces bons-vivants, adeptes des barbecue-rosé l’été ou du verre de vin en rentrant du boulot. C’est un cercle vicieux car on se sent bien quand on boit, mais les lendemains sont difficiles. J’ai l’impression d’avoir la gueule de bois sans arrêt, je me sens fatiguée, j’ai des pertes de mémoire et plus le temps passe et plus ça continue ».

C’est pour toutes ces raisons que Carole a décidé de dire « stop », et les changements sont flagrants. « Je suis beaucoup plus dynamique depuis que j’ai arrêté, je retrouve le goût de faire du sport. Et le groupe auquel j’appartiens m’a beaucoup aidé. On peut parler librement. Une fois j’ai posté un message et j’ai reçu une vingtaine de témoignages positifs ! C’est motivant ! »

Lever les tabous

Pour Laurence Cottet, initiatrice du « Janvier sobre », le « Dry January » est avant tout l’occasion de se rendre compte de sa relation avec l’alcool. « Je me sens comme une lanceuse d’alerte : il est temps que chacun s’interroge sur sa relation avec l’alcool car il y a trop de dégâts et les pouvoirs publics ne font rien ». Celle-ci déplore un manque d’efficacité de la part du gouvernement qui amène un certain tabou chez les français. « Janvier sobre, c’est un mouvement spontané pour que 66 millions de français arrivent à se poser les bonnes questions. C’est aussi pour cela que le groupe est public, ça permet à tout le monde de s’interroger, de venir se renseigner et de voir les témoignages de chacun. »

Étudiant et sobre ?

Pour certains participants, si le mouvement du « Dry January » peine à convaincre les étudiants c’est principalement parce que très peu d’entre-eux sont conscients de leur propre consommation. Difficile de réduire sa consommation quand les tentations sont grandes. Un verre, puis deux… Carole a été témoin privilégié de certaines soirées alcoolisées organisées par des étudiants et pour elle, cette nouvelle façon de boire est bien trop dangereuse. « Le but aujourd’hui, n’est plus de boire en appréciant son verre, mais de boire le plus vite possible afin d’être ivre rapidement ! C’est vraiment inquiétant », explique-t-elle.

Pourtant, certains ont quand même décidé de jouer le jeu. C’est le cas d’Anthony, toulousain de 20 ans : « J’ai réalisé que j’étais incapable de sortir et de m’amuser sans boire. Le Dry January, c’était un véritable challenge. » Et c’est exactement le genre de réaction que recherche Laurence Cottet : « Moi, c’est comme ça que ça a commencé. Avec les copains en soirée, pendant les soirées bizutages. » 

Le Dry January s’étendra donc tout le mois de janvier, pour autant, les participants les plus motivés souhaitent étaler leurs efforts sur les mois et les années à venir. En attendant, on souhaite bonne chance à tous ceux qui décideront de lever le pied en posant leur verre…

*par souci d’anonymat, certains prénoms ont été changés