L’homme fort de Renault, écarté de la direction du géant japonais automobile Nissan, est accusé depuis novembre 2018 par la justice japonaise de fraude fiscale et d’utilisation des fonds de l’entreprise à des fins personnelles. Il était entendu au tribunal de Tokyo le 8 janvier à 10 heures 30, heure locale (NDLR : 2h30, heure française).Une première apparition publique, où le libano-franco-brésilien et ses avocats souhaitaient entendre de la bouche d’un magistrat les charges retenues à l’encontre de l’homme d’affaires. Au delà d’une première étape judiciaire, l’audience représentait aussi un fort symbole médiatique.

Une audience très suivie

Pour une première apparition publique depuis son arrestation, la rencontre entre Ghosn et la justice était forcément très attendue. Les autorités japonaises ont du procéder à un tirage au sort pour attribuer les places disponibles dans la petite salle du tribunal de Tokyo, sur plus de 1300 demandes. Étaient présents quelques journalistes, triés sur le volet, les autorités consulaires françaises, brésiliennes et libanaises, ainsi que les proches de Carlos Ghosn. Ce dernier est apparu à la barre les traits creusés, amaigri et menotté aux poignets et à la taille.

Ghosn nie les accusations

Mis en examen le 12 décembre dernier pour dissimulation présumée de revenus, touchés en qualité de patron de l’alliance Renault-Nissan, l’homme d’affaire a d’emblée réfuté les charges qui pèsent contre lui. « Faussement accusé et détenu de manière injuste » selon ses mots, Carlos Ghosn a pu s’exprimer quelques minutes devant le tribunal. Abordant avec minutie les contres-arguments visant à le défendre, le sexagénaire a notamment assuré n’avoir effectué aucune transaction illégale vers des personnalités saoudiennes, évoquant « des rétributions en échange de services rendus pour le groupe Nissan dans le Golfe ». Il a également tenu à rappeler à l’audience le spectaculaire redressement financier qu’il a opéré lors de son arrivée dans le groupe, en 2001.

Détention maintenue

A l’issue de l’audience, le juge a justifié le maintien en détention de Carlos Ghosn par une possibilité de fuite à l’étranger, où l’homme a « des bases » solides, selon la justice nippone. Les magistrats japonais craignent aussi une destruction de preuves qui pourraient être à charge dans ce dossier. Son avocat, Motonari Hatsuru, croit pourtant encore à une libération en vue de l’attente du procès : « Si nous avons engagé cette procédure, c’est que nous croyons qu’il n’y a aucune raison pour que cette décision soit aujourd’hui maintenue » a-t-il déclaré.

La garde à vue en cours de Carlos Ghosn prendra fin vendredi. Les scénarios sont désormais multiples : nouvelle mise en examen, détention provisoire ou libération sous caution. Rien n’est à exclure, tant ce dossier connaît des rebonds depuis l’arrestation d’un des patrons les plus importants du monde automobile.