Le Tomorrow’s Stories Festival s’est déroulé à Toulouse les 19 et 20 octobre 2018. L’événement, premier du genre dans la ville, a permis de faire découvrir et tester aux amateurs et aux passionnés l’utilisation qui peut être faite des nouvelles technologies dans le monde du cinéma. Réalité virtuelle, vision à 360°, réalité altérée : Retour sur la première session d’un festival en avance sur son temps.

Alors que la plupart des foyers français ne sont pas encore équipés d’un casque de réalité virtuelle (la technologie ne serait pour l’heure pas assez mature et attrayante pour le grand public), quelques curieux ont souhaité tenter l’expérience à l’occasion de la première édition du Tomorrow’s Stories festival qui s’est déroulé cette semaine dans la ville rose. L’événement, né de la collaboration de réalisateurs, producteurs, auteurs et docteurs en sciences, a été un joli succès et aura droit à une 2ème édition.

L’avenir du cinéma

Vendredi matin, à l’occasion d’une conférence sur l’historique et les enjeux des nouvelles formes audiovisuelles (qui s’est déroulée dans le cadre du festival), le public présent sur place a pu découvrir un certain nombre d’exemples de réalisations possibles dans le cinéma avec les nouvelles technologies. C’est notamment le cas de « Scenario », un film qui ne se ressemble jamais puisqu’il évolue en fonction des actions du spectateur.

Scenario from UNSW iCinema Centre on Vimeo.

« Scenario » : Dennis Del Favero, Stephen Seweel, Maurice Pagnucco (2010)

Animé par Claire Châtelet, maître de conférence à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3, le rendez-vous a également été l’occasion de s’interroger sur les questionnements d’ordre moral que suscitent ces technologies : « Est-ce qu’en étant dans un leurre spectaculaire, sans utiliser l’intellect, on vas mieux comprendre certaines situations ? Moi, je ne crois pas ». Pour preuve, la technologie Birdly permet de vivre une expérience multi-sensorielle (vent, ressenti corporel, odeurs…) mais sans une réelle réflexion sur l’utilité de ces procédés dans l’évolution et la compréhension d’un projet cinématographique, à quoi cela sert-il ?

Birdly par Somniacs x HTC

Ainsi, la conférencière a mis en évidence le fait que ces nouvelles possibilités de narration, bien que « permettant au spectateur d’être moins passif« , ne pourront être vraiment utiles que si elles sont utilisées avec sens. « Est-ce que finalement tout voir, ce n’est plus rien voir ?« . Un argument que l’on peut confronter au film « I, Philip » qui a été filmé et visionné en 360° stéréoscopique.

« I, Philip » : ARTE France, Okio Studio (2016)

Une technologie pas encore au point

Aujourd’hui, l’industrie du cinéma n’est pas encore prête à accueillir toutes ces nouveautés dans les salles obscures pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, comme toutes les innovations technologiques, ces technologies coûtent « très cher » à imaginer, à développer et à commercialiser : « Cela représente d’importants risques financiers auxquels peu souhaitent se soumettre » nous a confié Pauline Antipot, auteure et réalisatrice.

Ensuite parce que les constructeurs sont peu nombreux : Oculus (Facebook), HTC et Samsung se sont lancés sur le marché grand public de la VR et rien n’indique pour l’heure qu’une quelconque technologie pour les salles de cinéma est envisagée ou fonctionnelle. D’autant que le marché de la réalité virtuelle, comme celui de la réalité altérée, peine à convaincre alors que des milliers d’applications mobiles sont disponibles sur les téléphones compatibles.

Enfin, parce que des progrès techniques restent à faire pour permettre aux utilisateurs de vivre une expérience fluide et réaliste qui leur donnerait la sensation d’être dans un autre monde.