Les financements participatifs fleurissent sur Internet. Mais depuis le début de l’année, c’est une requête un peu particulière qu’a lancée Aurélien. Paraplégique depuis juin 2017, ce jeune Toulousain s’adresse aux internautes dans l’espoir de pouvoir remarcher un jour.

 

10 000 euros, c’est la somme qu’espèrent rassembler Aurélien et ses proches auprès des internautes. Paraplégique depuis juin 2017, ce jeune féru de sport souhaite réunir les fonds nécessaires afin de financer sa rééducation aux États-Unis. Un suivi médical personnalisé qui lui permettrait, peut-être, de recouvrer l’usage de ses jambes.

« Il y a une réelle différence entre ce qui se fait là-bas et ce que l’on croit possible ici. En France, les médecins ne laissent pas vraiment de place à l’espoir. On ne parle pas de remarcher, seulement de s’habituer. »

S’habituer, oui, mais rester dans un fauteuil roulant toute sa vie, il n’en est pas question. Touché à la vertèbre D9, au niveau du nombril, sa moelle épinière compressée, Aurélien ne sent plus ses jambes. Pour autant, il ne se ménage pas lors de ses séances de kinésithérapie : « Actuellement, je vois mon kiné trois fois par semaine. Je voulais augmenter le rythme, mais il a refusé. Il faut que je garde une vie à côté. »

Si en France les moyens et infrastructures ne sont pas encore assez développés, aux États-Unis les suivis médicaux sont plus personnalisés et les machines plus performantes. « Le résultat après une semaine de rééducation aux États-Unis ne pourrait s’obtenir, en France, qu’au bout de cinq mois« , explique le jeune homme.

 

Initiative fraternelle

Bien évidemment tout cela à un coût. Comptez 100 dollars (l’équivalent de 80 euros) par heure de rééducation, soit 2 000 dollars par semaine pour des séances de quatre heures. Aurélien, lui, souhaite mettre toutes les chances de son côté et prévoit de rester un mois outre-atlantique. Pour cela, il lui faudra donc pas moins de 10 000 euros.

Une somme considérable qui ne peut être rassemblée du jour au lendemain. Prête à tout pour aider son frère, Charlotte a alors pris l’initiative de cette campagne de financement participatif. « Ma sœur est très impliquée, un peu trop parfois. Elle prend un rôle de maman, à toujours vérifier que je vais bien« , sourit le Toulousain.

Mais Charlotte n’est pas la seule à s’inquiéter pour son petit frère. Événement Facebook, messages d’encouragement, mais aussi loto. Les proches d’Aurélien se sentent concernés et restent mobilisés. Car devenir paraplégique du jour au lendemain, ce n’est sûrement pas chose facile. Et c’est pourtant ce qu’a dû appréhender Aurélien.

Un loto solidaire est même prévu en février.

 

Une ville semée d’embûches

Pour le quadruple champion Midi-Pyrénées en Motocross, le plus difficile reste bien sûr de ne plus pouvoir pratiquer de sport. Natation, golf, squash, VTT et autres activités individuelles rythmaient le quotidien d’Aurélien. Aujourd’hui, il compense par ses séances de rééducation, mais ce n’est bien évidemment pas la même chose.

« J’ai dû réapprendre à vivre, m’adapter à mon environnement. Il y a beaucoup de choses que l’on n’imagine pas, mais qui sont de véritables défis. Le plus dur reste les soins, la toilette.. Ça, les gens ne le voient pas »,

Déambuler en fauteuil roulant, voilà aussi un élément auquel il faut s’habituer. Pavés, trottoirs trop étroits, boutiques et boîtes de nuit ne sont pas toujours accessibles aux personnes à mobilité réduite. Pour autant, ça n’empêche pas Aurélien de sortir avec ses amis et de profiter de la vie. « Que ce soit lui ou ses proches, on ne se prend plus la tête, relativise Mathilda, sa meilleure amie. On s’adapte tout autant que lui. »

 

Du jour au lendemain, tout bascule

C’est au volant de son scooter, en revenant du travail, le 7 juin dernier, que la vie d’Aurélien a basculé. Percuté de plein fouet par une voiture qui lui coupe la route, le jeune homme se retrouve aux urgences. Trois semaines de coma artificiel, et puis le réveil. L’annonce fatidique. Aurélien se retrouve, à 24 ans, paraplégique. Mais sa réaction va surprendre tout le monde : « J’étais conscient lors de l’accident. Je pense que mon cerveau a de suite imprégné la gravité de la situation. À mon réveil, je n’étais donc pas si surpris de l’annonce des médecins« , se souvient-il. « Aurélien est assez impulsif. On craignait sa réaction, on pensait qu’il allait être fou. Mais finalement, c’était tout le contraire », ajoute Mathilda.

Aurélien bénéficie d’un réel soutient de la part de ses proches, et notamment celui de sa meilleure amie, Mathilda. / Angélique Passebosc

Baisser les bras, ne fait pas parti du vocabulaire du sportif. « Aurélien est la joie de vivre incarné, cela n’a pas changé malgré l’accident. Il est resté identique, constate sa meilleure amie. Il lui arrive même de faire des blagues sur son handicap. » Rester positif et garder espoir, voilà la clef de la réussite.

« Pour moi, cette situation n’est pas définitive. Ce n’est pas une fatalité. Je sais que je vais m’en sortir, que ce n’est que passager. Bien sûr, c’est dur de se dire que l’on ne remarchera peut-être jamais, mais je ne préfère pas y penser. Je garde espoir. J’ai plein de projets en tête », s’enthousiasme-t-il.

Aurélien est bien conscient du long chemin qui l’attend. Mais retrouver l’usage de ses jambes n’est pas chose impossible. « Je remarcherai, et je remonterai sur ma moto. Du moins, je ferai tout pour que ça se passe comme cela. »